• Un samedi matin à la bibliothèque

    J'ai déjà écrit travailler dans une bibliothèque sans préciser laquelle. C'est la bibliothèque François Villon, dans le dixième arrondissement à Paris. Là-bas, j'anime une fois par mois des "jeux littéraires".

    Une séance était prévue le samedi 14 novembre dernier, mais elle fut annulée, la Ville de Paris ayant décidé de fermer tous les équipements habituellement ouverts au public ce jour-là, le lendemain des attentats du vendredi 13 novembre.

    Un mois plus tard, le samedi 12 décembre, nous nous sommes retrouvés entre habitués pour une nouvelle séance d'écriture.

    Ce jour-là, j'ai donné la citation ci-dessous, à insérer dans un texte libre.

    "Il faut continuer, je ne peux pas continuer, je vais continuer".

    Elle est tirée du roman de Samuel Beckett, L'innommable1, mais je ne l'ai révélé qu'à la fin de l'exercice.

    Lorsque j'ai écrit cette citation au tableau, mon idée était qu'elle soit insérée d'un seul bloc dans le texte à composer, mais très vite, A., un des piliers du groupe, a demandé si on pouvait découper la phrase en trois et placer les éléments à sa guise. Je n'avais absolument pas pensé à cette éventualité, mais j'ai répondu que oui, c'était possible, à condition de garder la phrase dans l'ordre.

    Si je me souviens bien, j'ai dû accorder une petite demi-heure pour écrire. Je n'en suis pas sûr, car je n'avais pas prévu cet exercice ce jour-là. L'idée m'était venue quelques jours avant, mais ma fiche de préparation était déjà prête depuis longtemps puisque c'était celle de la séance du 14 novembre.

    A la fin du temps imparti, les participants ont, comme à chaque fois, lu ce qu'ils avaient écrit (ce n'est pas obligatoire, seulement s'ils ont envie). J'ai le souvenir de textes assez denses, parfois émouvants, et la suggestion de A. était excellente (de manière générale, l'expérience montre que quand un participant propose une variante à ce que l'on propose, c'est souvent une bonne idée ).

    Une chose cependant m'a frappée : sur les neuf personnes présentes, une seule, S., a fait le lien entre cette citation et les attentats du 13 novembre. Elle trouvait par ailleurs son texte très banal par rapport à ceux qu'elle venait d'entendre et s'en est excusée par avance.

    Pourtant, c'est exactement ce à quoi je pensais lorsque j'ai choisi cette citation de Beckett.

    A ce moment-là, nous étions loin de l'esprit "ludique et festif" habituellement de mise lorsque nous nous retrouvons (c'est en tout cas ce que proclame bravement le texte de l'affiche que j'ai conçue pour faire la publicité de cette animation) mais, pour cette fois, je voulais essayer autre chose, et tout s'est bien passé.

     

    1 Pour être honnête, je n'ai pas lu ce roman (de Beckett, je n'ai lu qu'En attendant Godot). Cette citation, je l'ai trouvée en ligne dans une lettre de Sami Frey à Eric Fottorino pour le féliciter de sa promotion au rang de chroniqueur du Tour de France sur France Télévision ! Je faisais des recherches sur "Je me souviens", et je crois bien que c'était avant les attentats mais je n'en suis plus très sûr. Je n'ai pas pu remettre la main sur ce texte, mais à la place, j'ai trouvé un large extrait de L'innommable qui se trouve ici

     

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