• Paulus, Paula, Paulum

    J'ai écrit ce texte il y a un peu plus d'un an. Le texte est venu en cherchant le sens du mot raglan, qui désigne un manteau à pèlerine mais aussi un modèle d'imperméable.

     

    Carnet n°1, fin septembre

    Le vingt-deux novembre prochain, mon père sera mort il y a vingt-deux ans, et j’aurai vécu, à parts égales, toute une vie avec et toute une vie sans lui.

     

    Dans mes plus vieux souvenirs, je le vois sur le seuil de notre appartement, vêtu de son impeccable pardessus raglan et embrassant ma mère venue lui ouvrir. Ma sœur et moi, soudain très remuants pour nous disputer la primeur de ses joues froides, accourions jusqu’à lui pour notre bise de bienvenue du soir. 

     

    Il est parti seul un lundi matin, à l’hôpital, des suites d’un anévrisme. On nous a appelé un peu avant six heures pour nous annoncer la nouvelle. Je n’ai pas su comment réagir jusqu’à notre entrée dans sa chambre, où nous nous sommes, ma sœur, ma mère et moi, tous les trois effondrés.

     

    Les douleurs avaient commencé dans la nuit de samedi à dimanche. Il s’obstinait à ne pas être conduit à l’hôpital, mais le matin venu, il est devenu évident qu’il fallait appeler un médecin à domicile, lequel, une fois sur place et au terme d’une brève auscultation, a très vite compris la gravité de la situation et appelé le dix-huit. Mon père a du être évacué de chez lui par le balcon, au moyen d’une grue. Quand il est arrivé aux urgences, son état s'est avéré si grave que  c’était déjà miraculeux qu’il fût encore en vie. Les chirurgiens ont tout juste eu le temps de l’opérer, mais il était trop tard.

     

    Je l'ai embrassé pour la dernière fois le samedi soir, avant de partir me coucher. Je ne l’ai plus vu ensuite. Tout le temps que durèrent ses souffrances, on m’a laissé dormir.

     

    Lorsque je me suis levé, ma mère et mon père étaient déjà partis. Ma sœur et moi sommes arrivés à l'hôpital en fin de matinée. Nous y avons trouvé ma mère en pleurs, nous expliquant qu’il était déjà sur le billard et que les chances qu’il en sorte vivant étaient minimes.

     

    Mon père est parti comme ça.

     

    J’étais un fils très distant mais, par habitude, je lui faisais toujours la bise. Ma mère m’a dit qu’il y tenait beaucoup.

     

     

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