• L'ami inconnu

    Avertissement :

    J'ai écrit ce texte au début du mois d'août dernier. Quelques jours après, j'en ai écrit un second, que je mettrai en ligne après celui-ci.

    Les deux textes réunis forment une manière de préambule à "Jeux me souviens", qui sera une sorte de jeu d'écriture et de paroles  directement inspirée des œuvres de Joe Brainard et de Georges Perec.

    J'appellerai cette (ré)création et les autres de même nature qui suivront "Les histoires joueuses".

     

     

    L'ami inconnu

     

    Je me souviens qu'en 1982, j'étais en classe de CM2 et déjà lecteur assidu du magazine Télérama, auquel mon père était abonné.

     

    Je me souviens de la forte impression que produisait sur moi chaque nouvelle Une de l'hebdomadaire.

     

    Je me souviens que j'attendais avec impatience, tous les mercredis matin, l'arrivée du nouveau numéro sous plastique.

     

    Je me souviens des « pas si mal » et des « faute de mieux » du petit bonhomme au parapluie.

     

    *

     

    Je me souviens du jour où je découvris, dans un même entrefilet, que la rédaction de Télérama avait un ami et qu'il venait de mourir.

     

    Je me souviens qu'une photo ou un dessin de l'ami défunt illustrait ce court texte, et que la chevelure hirsute caractéristique de Georges Perec avait pour moi quelque chose d'inquiétant.

     

    Je me souviens de la tristesse que je conçus pour mon hebdomadaire préféré et pour cet exceptionnel et étrange ami qui allait lui manquer.

     

    Je me souviens du reproche que je me fis, quelques semaines plus tard, de ne pas avoir retenu son nom et de tout juste me rappeler qu'il était écrivain ou peut-être journaliste.

     

    *

     

    Je me souviens que les années passèrent sans que je retrouve le nom de cet homme dont la mort m'avait marquée.

     

    Je me souviens avoir cru un soir retrouver sa trace dans un recueil de poèmes pour la jeunesse que je lisais dans un train. Le recueil s'appelait « L'amour en poésie », et le poème s'intitulait Léna, d'un certain Michel Leiris.

     

    Je me souviens de : « jadis, ma bouche narguait le beau temps / alors que mes regards ne redoutaient rien tant / que l'ouragan de l'univers ».

     

    Je me souviens que c'est précisément ce passage du poème qui me décida à l'apprendre par cœur et me le réciter aujourd'hui encore.

     

    *

     

    Je me souviens, et cela n'arriva guère longtemps après Léna, du soir où je découvris la photo noir et blanc en couverture de l'édition de poche du roman « Un homme qui dort ».

     

    Je me souviens avoir pensé reconnaître l'homme photographié de dos à son étrange chevelure, puis avoir eu la certitude de ne pas me tromper après avoir lu la date de décès de l'auteur dans le court texte le présentant.

     

    Je me souviens de la joie profonde ressentie à retrouver un ami perdu que je n’avais jamais connu.

     

     

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